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Revues Parisiennes

Revues Parisiennes

Cabarets de province

Le cabaret n'est pas seulement parisien : en province, il a inventé d'autres formes et d'autres publics.

Peinture d'un cabaret de la fin du XIXe siècle
Scène de cabaret peinte à la fin du XIXe siècle. En province, les salles reprenaient souvent les recettes parisiennes en les adaptant aux habitudes locales.

Un genre qui a voyagé

Dès la fin du XIXe siècle, le modèle du café-concert puis du cabaret a essaimé dans toute la France. Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Nice, Toulouse, Rouen et Nantes ont eu leurs grandes salles, leurs vedettes et leurs revues. Le mécanisme est simple : un entrepreneur parisien, ou un artiste de retour de la capitale, ouvre un établissement avec un répertoire inspiré de Paris mais adapté au public local.

Ces salles ont joué un rôle social important. Elles offraient un lieu de sortie accessible, dans des villes industrielles où les loisirs collectifs étaient rares. On y venait en groupe, entre collègues, entre voisins, parfois en famille.

Marseille et le goût du grand spectacle

À Marseille, le cabaret et le music-hall ont prospéré tôt, portés par une ville de commerce et de navigation ouverte sur la Méditerranée. Les grandes salles de la Canebière proposaient des revues locales, avec des chansons en français, des clins d'œil au port et des satires municipales. Le public y était exigeant et rapide à réagir : un numéro faible était immédiatement remarqué.

Cette tradition a laissé une trace durable dans la chanson régionale, qui conserve un répertoire de refrains et de personnages très reconnaissables.

Lyon, Lille, Bordeaux : trois modèles

À Lyon, le cabaret s'est installé dans une ville de soierie et de banque, avec un public d'employés et de commerçants qui aimait les revues bien construites. Les salles y reprenaient les tableaux parisiens en les allégeant, et engageaient des artistes de passage pour compléter le programme.

À Lille et dans le Nord, la tradition est plus proche du music-hall et de la chanson populaire. Les salles y accueillaient des tournées, des comiques, des troupes d'opérette. L'usage local de la langue régionale a donné naissance à des numéros comiques que le public comprenait immédiatement, et qui ne fonctionnaient pas ailleurs.

À Bordeaux, le cabaret s'est développé autour des grands cafés du centre et d'un public portuaire cosmopolite. Les revues y mêlaient chansons françaises, numéros étrangers et tableaux d'ensemble, avec une attention particulière portée à l'orchestre.

Le carnaval, le port et l'opérette

Dans certaines villes, le cabaret s'est greffé sur un cycle de fêtes existant. À Nice, la période du carnaval fournissait chaque année un afflux de visiteurs et un vocabulaire de masques, de chars et de déguisements. Les salles adaptaient leur répertoire à cette effervescence, avec des revues à personnages et des défilés. Ailleurs, à Toulon ou au Havre, c'est le monde portuaire qui fournissait les images : départs, retours, voyages, et une présence de marins dans la salle.

Les tournées et leurs contraintes

Une grande partie de la vie de cabaret en province reposait sur la tournée. Une troupe partait avec un programme court, des costumes légers et un matériel réduit, et jouait dans plusieurs villes successives. Les contraintes étaient rudes : des plateaux de profondeur variable, des loges improvisées, des orchestres locaux rencontrés le jour même.

Cette économie de la tournée explique une particularité du répertoire provincial : des numéros très autonomes, capables de fonctionner sur n'importe quelle scène. Un bon numéro de tournée devait être compris par un public qui ne connaissait ni la salle, ni les artistes, ni les allusions locales.

Le recul du milieu du XXe siècle

Après 1945, plusieurs facteurs réduisent l'activité des cabarets de province. Le cinéma puis la télévision offrent un divertissement à domicile ou à faible effort. La voiture et les loisirs de week-end modifient les habitudes de sortie. Beaucoup de salles anciennes ferment ou se transforment en cinémas, en commerces ou en parkings. Ce mouvement n'est pas propre au cabaret : il touche tous les lieux de spectacle de quartier.

Les maisons qui survivent se spécialisent. Certaines deviennent des lieux de repas-spectacle, d'autres des salles de chanson, d'autres encore des scènes dédiées aux humoristes et aux spectacles d'un seul interprète.

Un renouveau par les petites scènes

Depuis les années 1980, une génération de petites salles a repris le flambeau : cafés-théâtres, cabarets étudiants, scènes de poche. Ces lieux ne disposent ni de machinerie lourde, ni d'orchestre permanent, mais ils ont rétabli une relation de proximité que les grandes salles avaient perdue. On y présente des numéros courts, des formats d'une heure, des créations à petit budget.

Les festivals ont joué un rôle comparable. En rassemblant pendant quelques jours des compagnies de plusieurs régions, ils ont reconstitué un réseau professionnel et redonné de la visibilité à des formes oubliées. Le cabaret français est aujourd'hui un paysage à plusieurs échelles : maisons historiques, scènes régionales, salles étudiantes.

VilleTrait dominantHéritage visible
MarseilleGrande revue, satire localeChanson régionale
LyonRevues soignées, orchestresSalles reconverties
LilleMusic-hall et opéretteComiques régionaux
NiceCycle du carnavalImagerie des masques

Pour replacer ces scènes dans l'ensemble du genre, voir l'histoire du cabaret parisien et la page consacrée à la musique et aux orchestres.

  • Un ancêtre commun : le café-concert de quartier.
  • Des répertoires adaptés aux langues et aux habitudes locales.
  • Une économie de la tournée, avec des numéros autonomes.
  • Un renouveau porté par les petites salles et les festivals.